Je n’aurais jamais imaginé devenir traductrice
Convertie à l’islam, j’ai commencé par apprendre l’alphabet arabe. Des années plus tard, après les larmes, les révisions et la hijra, je traduis aujourd’hui des cours de sciences religieuses.

Voici mon témoignage sur l’apprentissage de la langue arabe.
Je suis une sœur, convertie à l’islam depuis de nombreuses années, alḥamdulillāh.
Le rêve de lire le Coran en arabe
Dès ma conversion, j’ai ressenti un profond désir d’apprendre la langue arabe. L’écriture arabe me fascinait déjà par sa beauté, et je rêvais de pouvoir lire le Coran dans sa langue d’origine.
À cette époque, je vivais encore en France. Je me suis alors inscrite à des cours dans la mosquée proche de chez moi afin d’apprendre à lire l’arabe. Alḥamdulillāh, en l’espace d’environ six mois, j’avais mémorisé l’alphabet et commencé à lire.
Par la suite, j’ai poursuivi mon apprentissage avec la préparation aux tomes de Médine, puis les tomes eux-mêmes. Je me souviens encore de mon entrée dans le tome 1 de Médine. Ce fut une véritable claque. Je ne comprenais absolument rien. J’étais complètement perdue. Certaines leçons, qui me paraissent aujourd’hui très simples, me semblaient alors impossibles à comprendre.
Il m’est même arrivé de pleurer devant mes cours tant je me sentais dépassée.
J’ai probablement étudié ce premier niveau plusieurs fois, je dirais au moins sept ou huit fois, avant de commencer à réellement saisir ce qui m’était enseigné. Puis j’ai continué avec les tomes 2, 3 et 4, avant d’étudier d’autres ouvrages comme Al-Ājurrūmiyyah et différents livres de langue arabe.
Cependant, avec le recul, je réalise que mon véritable parcours n’avait pas encore commencé. J’étudiais un peu à droite et à gauche, un livre par-ci, un livre par-là. Je comprenais ce que je lisais, mais je ne parlais pas arabe. Je ne parvenais pas à construire des phrases à l’oral ni à tenir une conversation.
Reprendre depuis le début
Puis Allah m’a accordé la hijra.
Après mon émigration, j’ai entendu parler d’un petit institut égyptien en ligne. Mon objectif était clair : je voulais pouvoir comprendre directement les cours en arabe, sans passer systématiquement par la traduction française. Je voulais également accéder aux subtilités de la langue et avoir accès à l’ensemble de ma religion, et pas uniquement à ce qui avait été traduit.
J’ai alors décidé de reprendre mon apprentissage depuis le début avec une enseignante entièrement arabophone qui ne parlait pas un mot de français.
C’est à ce moment-là que mon véritable parcours a commencé.
Pendant environ trois ans et demi, j’ai étudié quatre heures par semaine. Cela représentait des nuits entières de révision, des heures de travail et parfois même des sacrifices.
Il arrivait qu’une sœur m’invite quelque part alors que j’avais des révisions à faire. Je m’excusais et je restais chez moi pour étudier. Financièrement également, cela représentait un effort important. En tant que muhājirah vivant dans un pays où il n’existait pas de cours d’arabe, je devais étudier en ligne.
L’intention et l’immersion
Parmi les causes qui m’ont permis d’avancer, il y a le rappel de l’intention : pourquoi j’apprenais ? Pourquoi je passais mes nuits à réviser ? Pourquoi je ne lâchais pas ? Renouveler mon intention et faire cet apprentissage pour la Face d’Allah est ce qui m’a le plus motivée.
Puis il y a eu l’immersion complète. Mon enseignante ne parlait qu’arabe. Je reprenais systématiquement tous les textes étudiés jusqu’à comprendre chaque mot. Cela pouvait me prendre des heures, parfois des jours entiers. À force de les relire, il m’arrivait même de les mémoriser entièrement.
Et comme mon enseignante ne parlait pas français, j’étais poussée par le fait de devoir parler en arabe.
Il y a eu des moments de frustration où je n’arrivais pas à dire ce que je voulais, mais avec la patience, tout a fini par être facilité.
Le fait d’être muhājirah m’a aussi aidée. Même si, dans le pays où je vivais, on ne parlait que la darija et que très peu de personnes comprenaient la fuṣḥā, cela m’a permis de pratiquer l’oral.
Par la suite, Allah m’a facilité l’installation dans différents pays. Le fait de vivre entourée d’arabophones et de parler uniquement arabe a joué un rôle essentiel dans mon apprentissage.
Devenir enseignante et traductrice
Aujourd’hui, alḥamdulillāh, je suis enseignante et traductrice de cours en sciences religieuses.
Mais s’il y a une chose que je retiens de ce parcours, c’est l’importance de l’intention.
J’ai connu des périodes de découragement. Il y a eu des moments où je n’avais pas envie d’aller en cours. Des moments où la fatigue et la paresse me rattrapaient. Pourtant, je me rappelais toujours pourquoi j’avais commencé ce chemin : pour Allah عز وجل.
Alors je me levais, j’ouvrais mon ordinateur et je m’installais en cours.
Et jamais je ne l’ai regretté.
Mon enseignante, qu’Allah la récompense, était également très attentive. Lorsque je ressentais de la lassitude, elle prenait le temps de discuter avec moi d’autres sujets, parfois religieux, parfois plus légers, afin d’alléger cette charge et de raviver ma motivation.
Si quelqu’un m’avait dit il y a quelques années qu’un jour je traduirais des cours de sciences religieuses afin d’aider mes sœurs francophones à accéder à la science, je ne l’aurais probablement pas cru.
Lorsque je regarde d’où je suis partie, lorsque je me rappelle ces moments où je pleurais devant des leçons élémentaires, je mesure davantage encore les bienfaits qu’Allah m’a accordés.
Ne sous-estimez jamais les petits pas
C’est pourquoi je voudrais dire à toutes celles qui apprennent aujourd’hui la langue arabe : ne sous-estimez jamais les petits pas. Ne sous-estimez jamais une leçon, une révision ou un effort fourni pour Allah.
La langue arabe ne s’acquiert pas en quelques semaines ni même en quelques mois. C’est un chemin qui demande de la patience, de la persévérance et beaucoup d’invocations.
Aujourd’hui encore, je continue mon apprentissage. Il est certes très différent de ce qu’il était au début, mais la langue arabe est tellement vaste qu’il nous est impossible d’en finir.
Par Allah, chaque effort fourni pour Sa Face porte ses fruits.
Et celui qui emprunte un chemin à la recherche de la science, Allah lui facilite par cela un chemin vers le Paradis.
Qu’Allah facilite à tous cet apprentissage.





